Commissions Risque pays : terrorisme et protection des salariés

06 Juillet 2015

Instabilité politique, risque terrorisme : certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient sont désormais des destinations dangereuses pour les salariés d’une entreprise. Comment faire pour protéger ses collaborateurs lorsque des sites ou des activités sont déployés dans le pays en question ? C’était la question posée par la Commission Risque pays lors d’une session spéciale le 26 mai dernier.

102 : c’est le nombre de victimes françaises du terrorisme islamiste depuis le 11 septembre 2001. Un constat à remettre dans son contexte : « Il ne faut pas oublier que la quasi-totalité des victimes des terroristes islamistes aujourd’hui sont des musulmans habitant dans des pays musulmans », relativise Pierre-Jacques Costedoat, PDG de Scutum Security First (SSF, société spécialisée dans la prévention et la gestion des risques à l’international) et co-animateur de la session. « Mais leur vraie victoire, c’est d’avoir instillé un sentiment de menace permanente » : menace pour les habitants locaux, mais aussi pour les travailleurs étrangers expatriés, les voyageurs d’affaires. Etats déstabilisés, faibles ou faillis, zones propices aux trafics : comment l’employeur peut-il alors faire pour remplir ses obligations de protection des salariés ?

Les entreprises face aux kidnappings et attentats

Dans des pays d’Afrique et du Moyen-Orient menacés par le terrorisme, les entreprises doivent en effet protéger au maximum leur personnel contre des risques polymorphes, allant du kidnapping à l’attentat.

Les intérêts (financiers et humains) des entreprises de pays explicitement visés par le terrorisme islamiste constituent en effet des cibles de choix. En 2015, 47 % des 70 personnes toutes nationalités confondues enlevées par l’Etat Islamique (entre le 1er janvier au 19 mai) étaient des employés, cadres, et ouvriers. Les journalistes par exemple arrivent loin derrière avec 1,43 % de cas. En 2013, la prise d’otages d’In Amenas faisait 37 morts de différentes nationalités sur un site gazier. Tout cela constitue « des risques pour les personnels, un risque image global, et une augmentation des dépenses de sécurité », note Bernard Jacquemart, Directeur de l’information chez SSF et co-animateur de la session spéciale.

Quels moyens de protection ?

Protéger ses salariés est une obligation de l’employeur qui lui incombe dans le cadre de la RSE (Responsabilité Sociale d’Entreprise). Appliquée au terrorisme, cela consiste à « identifier les zones à risque, mettre en place un processus voyage qui intègre le RSE et aussi des outils de suivi et d’assistance aux salariés », explique Pierre-Jacques Costedoat.

Aujourd’hui, plusieurs plateformes de suivi des voyages en ligne existent : elles permettent de visualiser l’ensemble des déplacements du personnel grâce à la remontée des données de réservation. La géolocalisation des smartphones peut également jouer un rôle important. « Le suivi des déplacements des collaborateurs, leur géolocalisation, sont des outils qui doivent s'inscrire dans la politique globale de sûreté-sécurité des entreprises. Cette politique sûreté-sécurité doit permettre à l'entreprise d'offrir à ses collaborateurs le cadre optimal pour réaliser sereinement leurs missions tout en répondant à l'  « obligation de sécurité de résultat » que les textes font à l'employeur », poursuit le professionnel de la gestion des risques à l’international.

Attention toutefois : quelques freins peuvent cependant faire obstacle à ces technologies, qui sont « liées aux conditions techniques dans les zones de voyage : développement des réseaux GSM et liaisons internet, et peuvent nécessiter de mettre en place des solutions alternatives dans certaines situations ».

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